Vous venez de croiser une grosse chenille verte avec un dard sur son arrière-train, dans le jardin ou sur une feuille de tilleul. La bête est impressionnante, presque irréelle avec sa couleur vive et cette pointe dressée à l’arrière du corps. Rassurez-vous tout de suite : ce n’est pas un dard, et cette chenille ne représente aucun danger pour vous.
Cette protubérance s’appelle un scolus, parfois nommée corne caudale. On la trouve chez les larves de papillons de nuit appartenant à la famille des Sphingidae, les fameux sphinx. Ce sont eux les responsables de ces chenilles géantes, vertes ou colorées, qui affolent tant les promeneurs.
Le « dard » : une corne inoffensive appelée scolus
Le scolus n’a rien d’un organe piquant ou venimeux. C’est une excroissance charnue, molle au toucher, dépourvue de venin et de tout mécanisme de défense actif. Elle sert probablement à intimider les prédateurs en donnant à la chenille une silhouette étrange, un peu comme une fausse corne de rhinocéros miniature.
Chez certaines espèces, cette corne caudale est même assez souple pour se plier légèrement quand on la touche. Aucune sécrétion toxique, aucune piqûre possible : la confusion avec un vrai dard vient uniquement de l’aspect visuel, pointu et dressé vers le haut.
Les chenilles vertes à scolus sont-elles dangereuses ?
Non, ces larves ne sont pas dangereuses, à l’inverse d’autres cas comme la chenille jaune et noire à identifier dans le jardin, qui mérite plus de prudence. On peut les prendre en main sans risque de brûlure, de démangeaison ou de réaction allergique. Leur seule stratégie de défense repose sur le camouflage et l’intimidation visuelle, jamais sur une agression physique envers l’homme.
Poils urticants vs peau lisse
La vraie source de danger chez les chenilles vient d’ailleurs : ce sont les poils urticants, portés par des espèces comme la chenille processionnaire du pin ou du chêne (voir aussi le danger réel de la chenille hyponomeute pour l’homme et les arbres). Ces poils microscopiques se détachent au moindre contact et provoquent des irritations cutanées, parfois des réactions respiratoires chez les personnes sensibles ou les animaux domestiques.
À l’inverse, les sphinx possèdent une peau lisse, souvent brillante, sans aucun poil urticant. Un simple coup d’œil permet de faire la différence : si le corps est glabre et satiné, avec juste cette corne à l’arrière, vous avez affaire à une espèce totalement inoffensif. Si le corps est couvert de poils denses et touffus, la prudence s’impose davantage.
Identifier les 3 espèces de sphinx les plus courantes

Plusieurs espèces de sphinx cohabitent dans les jardins français, chacune avec des couleurs et des hôtes végétaux différents. Voici les trois rencontres les plus fréquentes.
| Espèce | Couleur | Plante hôte |
|---|---|---|
| Sphinx du troène | Vert avec bandes obliques violettes | Troène, lilas, frêne |
| Sphinx tête-de-mort | Jaune vif à rayures noires | Pomme de terre, datura |
| Sphinx du tilleul | Vert pâle, granuleux | Tilleul, bouleau |
Le Sphinx du troène
C’est sans doute la larve la plus rencontrée en Europe. Son corps vert vif est strié de bandes violettes ou roses en diagonale, et sa corne caudale, courbée, complète cette allure spectaculaire. Le papillon adulte, un des plus gros de nos régions, arbore des ailes brunes et roses.
Le Sphinx tête-de-mort
Reconnaissable à sa livrée jaune éclatante rayée de noir, cette larve fascine par sa couleur vive presque tropicale. Le nom de l’espèce vient du motif en forme de crâne visible sur le thorax du papillon adulte, un détail qui a longtemps entretenu des légendes autour de cet insecte.
Le Sphinx du tilleul
Plus discrète avec son vert pâle et sa texture granuleuse, cette chenille se rencontre souvent sur les tilleuls urbains ou les bouleaux. Sa corne est plus petite que chez ses cousines, mais tout aussi inoffensive.
Observez la peau : lisse et brillante, sans poils, c’est un sphinx sans risque. Poilue et touffue, mieux vaut ne pas y toucher, cela peut être une chenille processionnaire ou une espèce urticante proche.
Que faire si vous trouvez une grosse chenille verte à « dard » ?
Le plus simple reste de l’observer sans intervenir. Ces larves passent le plus clair de leur temps à se nourrir avant de s’enfouir dans le sol pour se transformer en chrysalide, puis en papillon de nuit adulte au printemps suivant. Leur présence témoigne souvent d’un jardin riche en biodiversité.
Si la manipulation vous tente, rien ne l’empêche : la chenille peut être déplacée délicatement à la main, sans gants, sans risque de piqûre. Évitez simplement de la tirer par la corne, fragile, et préférez la faire glisser sur une feuille ou un bâton si vous souhaitez la déposer ailleurs.
Pour l’identification précise de l’espèce, la couleur du corps, les motifs et la plante sur laquelle elle se trouve restent les indices les plus fiables. Un sphinx repéré sur du troène, du lilas ou du frêne a de fortes chances d’être un Sphinx du troène, tandis qu’une découverte sur pied de pomme de terre orientera plutôt vers le Sphinx tête-de-mort.





